Mon ADN aux DNA

Lundi 30 avril 2007

TRADITION. En Alsace, les enfants turcs à la fête

 

 

En Turquie, la Fête (bayrami) des Enfants (çocuk) a lieu chaque 23 avril. Dans le Bas-Rhin, la communauté turque de la région de Haguenau a célébré l’événement dimanche 29 avril. Un moment riche en musique et danses folkloriques, qui a pris de cours le grand public (photos E.B).



La communauté turque d’Alsace du Nord était en effervescence ce dimanche-là dans les rues de Haguenau. Dès 13h30, un joyeux défilé d’enfants et de parents est parti de la mairie. Derrière une foule de drapeaux turcs, français et européens, une sono sur roulettes donne le tempo. Le cortège marque régulièrement des arrêts dans la zone piétonne. C’est l’occasion pour Asiye, Merve, Zeynep, Pelin et leurs copines, âgées de 12 à 14 ans, de se prendre la main, le temps d’une ronde de la Mer Noire, dans de magnifiques costumes chamarrés rouge et or. Puis vient le tour de Kerem, Emre, Volkan, Sefa, Enes, des garçons de 7 à 9 ans, d’esquisser quelques pas de danse de la Mer Egée, sous l’œil attendri et fier de leurs parents. « Cette fête permet de transmettre la culture turque à nos enfants, explique Omer Yildirim, secrétaire de l’Association des parents d’élèves turcs de Haguenau, car il faut connaître sa culture d’origine pour mieux s’intégrer en France ».



Dernière étape du défilé, la salle des corporations. Les convives se lèvent pour entonner l’hymne national turc, auquel succèdent les airs de la Marseillaise. S’enchaînent d’autres danses, des récitations de poèmes et des sketches, pendant que le stand de döner kebab tourne à plein régime. Seul regret des organisateurs : le public de l’événement est resté communautaire. La faute peut-être aux vacances scolaires, qui ont empêché les écoles et les collèges de prendre part à cette fête, malgré ses principes universalistes chers à Mustapha Kemal « Atatürk », fondateur de la République turque moderne. Interrogée dans la zone piétonne, une passante se déclare « surprise » par la manifestation. « Je ne suis pas raciste », prévient-elle d'emblée, « mais ils auraient pu prévenir, tout de même ! ». 
Par Etienne Balmer
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Vendredi 19 janvier 2007

Les Tsiganes et le relogement : un difficile parcours d’intégration

 
Les « gens du voyage » est un surnom trompeur. En Alsace du Nord comme ailleurs en France, nombre de Tsiganes cherchent à troquer leurs caravanes pour un vrai toit. Mais entre terrains inconstructibles, habitat adapté et conflits de familles, le casse-tête tsigane reste entier pour les pouvoirs publics.

 

Madeleine chasse de la main les cendres qui s’échappent du poêle. Il vente fort cet après-midi à Kaltenhouse, une commune du Bas-Rhin de 2000 habitants aux abords de laquelle Madeleine vit depuis trente-trois ans, au sein d’une communauté manouche de près de 80 personnes, dont une trentaine d’enfants. Si l’électricité de la commune a été raccordée tant bien que mal il y a une dizaine d’années, le terrain n’offre en revanche ni sanitaires, ni eau courante. Tout en servant le café, Madeleine surveille de loin un jerricane qui se remplit goutte à goutte à l’un des deux seuls points d’eau, pompés en permanence. « J’ai construit cette maison avec mes fils il y a deux ans », dit-elle. « Même s’ils font venir des bulldozers, je ne partirai pas d’ici ».


En entendant ces mots, Marie Amalfitano préfère se taire.
A la tête de son association Lupovino ("Lutte pour une vie normale" en abrégé), cette médiatrice se spécialise dans le suivi social et scolaire des gens du voyage sédentarisés. Elle sait qu’une solution à long terme réside ailleurs que sur ce terrain insalubre, éloigné de la commune et inconstructible en raison de sa proximité immédiate avec l’aérodrome de Haguenau. Un projet d’extension de lotissements résidentiels non loin de là expliquerait aussi l’empressement de la mairie à trancher la question. « Ce terrain doit être éradiqué, mais de manière intelligente », insiste Mme Amalfitano. Dans les années 1990, une centaine de Manouches de Kaltenhouse ont été relogés dans une vingtaine de pavillons autoconstruits au Rosenfeld, un autre terrain de la réserve foncière communale, assaini et raccordé à l'eau et à l'électricité du village pour l'occasion. Charles Clody, le maire, aimerait bien convaincre les Tsiganes du terrain d'aviation de rejoindre ceux du Rosenfeld. Seulement voilà : suite à une rixe qui aurait mal tourné il y a deux générations de cela, certaines familles du Rosenfeld et de l’aérodrome se sont « jurés les morts », c’est-à-dire qu’elles ont fait le choix de s’éviter à jamais. L’antique rancune perdure dans les cœurs de part et d’autre, surtout auprès des anciens comme Madeleine. « La grande erreur des programmes de relogement des nomades, c’est de chercher à les regrouper », poursuit Marie Amalfitano. 

 
« Ma Dalton et ses fils »
 

De l’erreur du regroupement des nomades en voie de sédentarisation, la commune de Mertzwiller, à une quinzaine de kilomètres de Kaltenhouse, en a déjà fait les frais. Et les premières victimes en sont les Tsiganes eux-mêmes. En 2000, le conseil municipal a convaincu six familles manouches qui vivaient en caravane sur un terrain proche du centre-ville d’être relogées « en dur », dans des pavillons individuels excentrés du village. Un projet d’un montant de 360 000 euros, financé par l’aide à la pierre de l’Etat, les conseils régional et général, le bailleur social, sans compter d’importants travaux de viabilisation du site (raccordements électriques, eau courante et assainissement) menés par la commune. Le relogement de ces familles nomades devait être une action décisive contre la délinquance dont Mertzwiller était régulièrement le théâtre. « M. Jung, le maire de l’époque, nous avait promis qu’en acceptant d’être relogés, nous serions éloignés du clan des Weiss, avec lequel nous avions déjà des problèmes de voisinage en caravane », confie Brigitte, 46 ans et mère de six enfants. Cependant le maire a rapidement installé les Weiss à 150 mètres des nouveaux pavillons. La commune n’avait pas trouvé une solution durable de relogement pour cette famille bien connue des services de police de la région. Jean-Luc Jung, maire jusqu’en 2001, confirme : « Il était hors de question de créer un autre foyer tsigane sur la commune, et d’ailleurs les financements étaient insuffisants. Nous avons prospecté dans des communes voisines pour accueillir des membres du clan Weiss afin de le dessouder, mais personne ne nous a soutenu ». Entre les deux clans, c’est désormais la guerre ouverte. Probablement piqués de jalousie à la vue du confort dont jouissent leurs voisins, les Weiss harcèlent ces derniers sans répit. Brigitte et les siens ne se privent pas de riposter par les armes. Isolée, la nouvelle municipalité dirigée par Roger Letzelter tente vainement de calmer le jeu, et la gendarmerie ne parvient pas à empêcher l’escalade des délits. Vols, vandalisme, coups de serpettes et échange de tirs de fusil poussent Brigitte à abandonner sa maison au bout de six ans. Pour des raisons diverses (hospitalisation, séjours en prison, expulsion pour loyers impayés), cinq familles sur les six initiales ont à présent déserté les lieux, et leurs foyers ont été saccagés peu après leur départ. « Dans l’urgence, ma sœur malade est même retournée vivre en caravane dans la forêt. Je crains pour sa santé », déclare Brigitte, la gorge nouée.


Les versions divergent sur les auteurs présumés du saccage. Quoiqu’il en soit, les maisons sont désormais inhabitables. Aucune subvention ne couvre les pertes du bailleur social, le propriétaire et le gestionnaire de ces logements, dont le coût de réhabilitation avoisinerait un demi million d’euros, selon le maire Roger Letzelter. 25 membres du clan Weiss vivent toujours dans des caravanes sur le site, rassemblés autour d’un mobile home « dans des conditions d’hygiène épouvantables », selon l’ancien maire Jean-Luc Jung, médecin de profession. « J’avais demandé depuis longue date le placement des enfants mineurs, mais le juge pour enfants a refusé. L’Etat n’a pas su prendre les décisions fermes qu’il fallait. Aujourd’hui, ces enfants laissés-pour-compte sont quasiment tous devenus des délinquants », conclut M. Jung.


Les choses sont peut-être en train de changer. Dans le cadre du déclenchement du plan hivernal dans le département, 14 personnes du clan Weiss ont accepté fin janvier d’être relogées temporairement dans des foyers d’urgence et d’être suivies par DDASS. « Les mères de famille ont été convaincues du danger qu’elles faisaient encourir à leurs enfants s’ils ne passaient pas l’hiver sous un vrai toit », se félicite Roger Letzelter. « C’est un premier pas dans la bonne direction. Mais le chemin d’un relogement durable pour ces familles est encore long », commente-t-il. Des demandes de relogement sont en cours depuis des années. En attendant, la mairie songe à confier la rénovation d’un ou deux pavillons à une association, voire à tolérer l’autoconstruction sur le site, afin que cette situation d’insalubrité cesse au plus vite.

 

Des solutions rapides, pas chères et définitives n’existent pas
 

Au-delà des antagonismes entre familles tsiganes, la question de l’habitat adapté à cette communauté de culture nomade est posée. Les Tsiganes s’accommodent généralement assez mal de l’abandon du chauffage au bois et d’un espace de vie restreint, enserré dans des murs en béton. Leur réticence à l’habitat moderne est d’autant plus forte que certains d’entre eux s’estiment parfois lésés par les offres de relogement bon marché des communes. « Notre maison à Mertzwiller avait été construite sur une source, le drainage du sol avait été bâclé », dénonce Brigitte. Des traces de moisissures étaient rapidement apparues sur les murs. Aujourd’hui, l'ancienne locataire est persuadée que son statut de femme tsigane faisait d’elle une locataire de seconde zone. Elle va jusqu’à interpréter ses mauvaises conditions d’habitation, cumulées avec ses problèmes de voisinage, comme l’expression d’une volonté secrète du maire de Mertzwiller de conforter la mauvaise réputation des Tsiganes et de les inciter à quitter sa commune. Une thèse du complot que ne partage pas Christian Kieffer, directeur du patrimoine du groupe immobilier Domial, dont une filiale a construit et géré les pavillons de Mertzwiller. « Je n’ose pas imaginer que l’Etat, qui s’est investi dans ce projet à hauteur de 90 000 euros, et tous les autres financeurs ont délibérément négligé la construction ». Se défendant des éventuelles malfaçons, M. Kieffer évoque à la décharge de Domial « le mode de vie particulier » des familles relogées, notamment l’aération insuffisante des pièces de maison.


Il n’empêche que des défauts de construction existent dans les
solutions d’habitat dédiées aux Tsiganes. En raison de leur caractère très social et largement dépendant des fonds publics, les constructions sont rarement de première qualité. Bertrand Routhier, responsable de l’association bas-rhinoise AVA Habitat et Nomadisme, réalise actuellement une étude en vue de la rénovation des logements autoconstruits du Rosenfeld, à Kaltenhouse. Une remise aux normes qui va se chiffrer selon lui à « plusieurs centaines de milliers d’euros », et dont l’ampleur aurait pu être limitée si la construction initiale avait été mieux encadrée. « La plupart des logements ont été bâtis avec du matériel de récupération, qui vieillit évidemment mal », explique M. Routhier. Il a aussi constaté dans une maison « une poutre d'une portée de huit mètres de plafond, qui menace de s'effondrer ». Dans ses activités de construction, AVA Habitat et Nomadisme préconise une approche différente de l’habitat adapté pour les populations nomades, notamment des maisons à ossature bois (photo ci-contre d'un chantier d'AVA au Rosenfeld de Kaltenhouse). Ce type de relogement répond aux attentes esthétiques des Tsiganes, très attachés à l’habitat alsacien traditionnel, et ce pour un coût minimum (50 000 euros). « Pour remplir un critère HQE (haute qualité environnementale), nous n’avions pas installé de gouttière sur une maison. Son propriétaire, issu du milieu nomade, était révolté : il voulait absolument une gouttière pour faire comme ses voisins gadjés (non tsiganes) ! » rapporte Bertrand Routhier avec amusement.

 
Crainte et attirance envers le relogement
 

S’il connaît parfois des ratés, le cap du logement est une étape essentielle sur le long chemin de l’intégration des gens du voyage sédentarisés. Une résidence stable dans des conditions de vie décentes permet une meilleure scolarisation des enfants et ouvre l’accès à l’emploi, lequel devient indispensable face au loyer et aux charges à régler. « Maintenir les Tsiganes dans des formes d’habitat précaire reviendrait à renforcer leur sentiment de rejet par la société », estime Claude Fleutiaux, sous-préfet de l’arrondissement de Haguenau. Partisan de l’autonomisation progressive des familles, afin d’obliger leurs membres à se prendre en charge individuellement et à rompre avec l’atavisme du clan familial protecteur, M. Fleutiaux évoque la complexité des négociations avec « des gens très craintifs, car persécutés pendant des siècles ». Pas facile dans ces conditions pour le conseil municipal de Kaltenhouse de convaincre les Tsiganes du terrain d’aviation de quitter les lieux pour le Rosenfeld, ou le cas échéant, un autre terrain moins insalubre qui reste à déterminer. Charles Clody, le maire de Kaltenhouse, ne compte plus le nombre de concertations qu’il a faites depuis près de vingt ans avec les sous-préfets successifs et les Manouches, dont il déplore « l’ extrême versatilité ».


Les collectivités et les communes ont encore des soucis à se faire. Car aussi bonnes que soient les solutions de relogement, la décohabitation des enfants devenus adultes est fréquente. Les jeunes mariés n’hésitent pas à s’installer en caravane, parfois juste à côté du foyer parental. Il est difficile de suivre l’évolution des besoins sans déroger au droit commun. A Kaltenhouse, on attend beaucoup du nouveau contrat urbain de cohésion sociale (CUCS) qui rattache enfin la commune au contrat de ville de Haguenau. Et si Brigitte à la nostalgie du « feu et de la musique » qui ont rythmé sa jeunesse en caravane, ses enfants ne conçoivent pas leur avenir ailleurs que sous un vrai toit. Sans perdre pour autant leur fierté de se sentir « Gitan ».

Par Etienne Balmer
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Jeudi 3 août 2006

 

 

Visitez le site de Marcel Loeffler

 

 

 

 

 

 

 

 

A 50 ans, Marcel Loeffler est l’un des chefs de file du courant de jazz manouche en Alsace. Aveugle depuis la petite enfance, il a consacré sa vie à son plus grand amour : l’accordéon.                                                                 

 

Les doigts effleurent les touches de l’accordéon, des bribes mélodiques s’égrènent. Derrière ses lunettes noires, Marcel Loeffler est visiblement ailleurs, plongé dans son instrument. « A partir du moment où j’ai mon accordéon entre les mains, j’oublie tout ce qu’il y a autour de moi », confie-t-il. Les mots de Marcel Loeffler sont hésitants, timides. D’ordinaire, il laisse plutôt au chant de son instrument le soin de s’exprimer à sa place. Pas si étonnant que ça pour un musicien initié à l’accordéon dès l’âge de cinq ans et qui le travaillait « jusqu’à quinze heures par jour » à une époque. Une passion effrénée pour la musique que lui a transmise son père, guitariste chevronné, qui la tenait lui-même de son père violoniste. « Nous autres Manouches, on n’a pas appris la musique dans les écoles : elle a toujours imprégné notre culture. D’ailleurs à la maison, on ne faisait que ça, écouter des disques et rejouer les airs entendus » se souvient Marcel Loeffler, qui a grandi dans un HLM du quartier Saint Joseph à Haguenau dans les années soixante.

 

 

 

 

 

 

Dernier album disponible : "Source Manouche", chez Harmonia Mundi.

 

 

 

 

Le prochain disque de Marcel Loeffler sortira en février 2007

 

Des kermesses aux tournées internationales

 
Très jeunes, Marcel et son frère Joselito ont rejoint la formation de son père, qui jouait dans les bals et les kermesses en Alsace et en Moselle. Un métier un peu ennuyeux à la longue, mais riche en enseignements. « Les bals m’ont fait connaître un grand répertoire de classiques et j’ai appris à me mettre au service de mon auditoire ». Aujourd’hui encore, même dans ses improvisations, Marcel Loeffler essaie d’être le plus mélodique possible, pour que le public ait des repères. « Avoir le sens de la mélodie est essentiel parce que la musique doit être compréhensible. Elle doit provoquer des émotions. Il faut savoir donner ».
Marcel Loeffler est fier du chemin accompli. D’avoir perpétué la tradition familiale et de mener une carrière musicale qui lui plaît. Depuis les années 1980, l’accordéoniste multiplie les collaborations, les dates en France et les tournées internationales. Son groupe à lui, Source Manouche, réunit sa famille : Cédric son fils, Joselito son frère, Yorgui son cousin. Un album éponyme est sorti l’an dernier et un nouvel enregistrement est prévu en octobre. Marcel Loeffler donne aussi des cours chez lui, basés sur l’écoute et l’échange. La même méthode d’apprentissage que lui a inculquée son père. Pas de regret donc, mais un défaut concédé : « Je ne travaille plus assez mon instrument. Mais l’envie est toujours là ». Marcel Loeffler rêve de faire un disque avec un orchestre philharmonique. « Et généralement quand j’ai un rêve, je fais tout pour qu’il se réalise ».

Par Etienne Balmer
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Mardi 25 juillet 2006
La communauté libanaise de Strasbourg sous le choc
 
 
 
Depuis le début des bombardements israéliens sur le Liban il y a une semaine, le pays du Cèdre pleure déjà 300 victimes civiles ainsi que plus de 1000 blessés. Malgré la pression internationale, l'Etat hébreu refuse de limiter ses opérations dans le temps. La communauté libanaise de Strasbourg, entre stupeur et colère, est sous le choc.
 
En bons commerçants, ils ne laissent rien paraître de leurs soucis devant leurs clients. Mais on devine la tension dans la voix de ces restaurateurs Strasbourgeois d'origine libanaise. Quand on l'interroge sur le nouveau conflit qui déchire son pays natal, Etienne, serveur dans un restaurant libanais de Strasbourg, se dit « frustré et révolté ». « A cause de la guerre, je ne pourrai pas voir ma famille cet été », regrette-t-il. Sa cousine doit pourtant se marier en septembre au pays. Comme Etienne, Nabil appelle tous les jours ses proches au Liban. « C'est grave et c'est triste ce qui se passe au Liban en ce moment », dit-il. Le jeune homme est très inquiet pour sa famille, qui vit près de deux bases militaires et du palais présidentiel dans les environs de Beyrouth : des cibles stratégiques pour les missiles israéliens. Nicol Elias avoue que ses parents à Beyrouth « ne dorment plus la nuit » à cause de leur crainte des bombardements. Quant à Karaki, il angoisse pour sa femme et sa fille restées au Liban. « J'étais sans nouvelles d'elles pendant plusieurs jours, mais je les ai eues au téléphone il y a peu. Elles vont bien, elles se sont réfugiées dans les montagnes ». Qu'ils soient musulmans chiites ou sunnites, chrétiens maronites ou orthodoxes, peu importe désormais : tous les Libanais de Strasbourg se sentent frappés par le malheur. Beaucoup pensent que seule une solution globale au Proche-Orient pourrait sortir le Liban d'une spirale infernale. « Il n'y a pas de paix sans justice », déclare Alexandre Dawood, qui reproche aux Etats-Unis de cautionner l'action d'Israël.
 
 
 
« Halte au massacre » !
 
 Photo : Un rassemblement citoyen de soutien au peuple libanais, en juillet à Strasbourg.
 
 
Un rassemblement citoyen s'est tenu place de l'Etoile à Strasbourg mercredi 19 juillet à 15 heures. Les manifestants ont affiché leur soutien au peuple libanais dans l'épreuve de la guerre avec Israël, et ont lancé un appel au cessez-le-feu immédiat. 
 
 
Bravant un soleil de plomb, quelques centaines de personnes se massent sur une pelouse desséchée sur l'esplanade encerclée par le trafic routier. Le symbole de cette manifestation réclamant « la paix au Liban » est plus fort que la chaleur. Des hommes et des femmes engagés, mais aussi des enfants, des personnes âgées. Toute la communauté libanaise de Strasbourg est représentée. Certains portent des banderoles sur lesquelles on peut lire « Non au massacre des civils au Liban ». D'autres brandissent des photos sanglantes de ces derniers jours au Liban. Le chant de l'hymne national alterne avec une minute de silence qui sent la souffrance, mais aussi la colère. « Halte au massacre ! Vive le Liban ! Vive la paix ! » scandent ensuite les manifestants. Un israélien qui proteste contre le « parti pris » du rassemblement est sommé de quitter les lieux. « Mais je ne suis pas votre ennemi ! » s'exclame-t-il. « J'ai servi trois ans dans l'armée israélienne au Sud Liban. Je peux vous assurer qu'on ne visait pas les civils ». On lui exhibe des photos de massacres dont Tsahal serait responsable. L'ancien appelé s'en va finalement, tête basse. Entre le Liban et Israël, le divorce est total.
 
La communauté juive de Strasbourg s'exprime sur la guerre
 
Entre le Liban et Israël, rien de nouveau. Ou si peu. Tandis que les affrontements continuent et que la liste des victimes s'allongent de part et d'autre, l'idée du déploiement d'une force internationale au Liban Sud fait lentement son chemin. Des membres de la communauté juive de Strasbourg ont accepté de s'exprimer sur un conflit qui semble inextricable.
 
« C'est la catastrophe »
 
« La guerre n'est pas une solution en soi. Mais vous ne croyez pas qu'Israël a tout essayé avec le Hezbollah ? ». Salomon Danino, patron d'un café à Strasbourg, ne cache pas son exaspération quand on l'interroge sur le conflit qui déchire le Liban et Israël depuis deux semaines. Bien qu'ayant la nationalité française, il s'identifie complètement aux Israéliens. Une partie de sa famille vit à Haïfa, la grande ville au nord d'Israël qui est quotidiennement la cible des roquettes du Hezbollah, la milice chiite intégriste du Liban. « C'est la catastrophe à Haïfa » dit Salomon, qui juge la riposte israélienne « complètement justifiée » et « proportionnée » à la menace du Hezbollah. Une position similaire à celle du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) et de son délégué alsacien Pierre Lévy. Salomon Danino va même plus loin : selon lui, les Libanais seraient même heureux qu'Israël fasse le « sale boulot » d'éradiquer le Hezbollah à leur place. « Israël veut vivre en paix, avec des frontières sûres. Mais le Hezbollah et son allié l'Iran ont publiquement juré notre perte ». Pour Salomon, impossible dans ces conditions de baisser la garde. 
 
Entre espoir et désillusion
 
C'est le désabusement qui envahit Cyrill, gérant d'un restaurant kacher de Strasbourg, quand il évoque la situation au Proche-Orient. Cyrill, comme Salomon Danino, regrette la vision partiale de l'opinion publique et des médias et occidentaux sur Israël. « C'est facile de se déclarer libre penseur quand on vit à des milliers de kilomètres du problème. Moi, j'ai des proches qui habitent en Israël, près de Tel Aviv. Ils ne demandent qu'une chose, l'arrêt des tirs de roquettes du Hezbollah et le retour de la paix. Mais là-bas, c'est oeil pour oeil, dent pour dent ».
 
 
Pourra-t-on un jour sortir de la spirale infernale de la vengeance au Proche-Orient ? Tel est en tout cas le rêve de l'Union juive française pour la paix (UJFP), ou encore du Collectif judéo-arabe et citoyen pour la paix, dont la porte-parole strasbourgeoise, Perrine Olff-Rastegar, est d'origine juive. De la même manière qu'elle se bat depuis des années contre l'occupation des Territoires palestiniens par Israël, Perrine Olff-Rastegar réclame aujourd'hui un « cessez-le-feu immédiat » entre Israël et le Hezbollah et l'application de « toutes » les résolutions de l'ONU concernant le Proche-Orient, « parce qu'Israël a tendance à demander uniquement l'application des résolutions qui l'arrange ». Des revendications qui sonnent comme autant de voeux pieux dans un contexte dramatiquement émotionnel.

 

 

Par Etienne Balmer
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Dimanche 2 juillet 2006
 
Nous sommes en 2006. Toute l’Alsace est occupée ce soir par le quart de finale de la Coupe du monde de football entre la France et le Brésil. Toute ? Non ! Un bar peuplé d’irréductibles Haguenoviens résiste encore et toujours à l’envahissement du ballon rond : bienvenue au Papagallo.
 
Haguenau, samedi 1er juillet, 21 heures. La place de la mairie est déserte. Le bar du Papagallo est vide, lui aussi. Son ambiance « lounge » et les lumières tamisées sont pourtant agréables, à l’image de Patrick, le patron, et de sa serveuse Cathy, toujours souriante. La vérité est ailleurs : ce soir, la France et le Brésil s’affrontent pour un ticket en demi-finales de la Coupe du monde de football en Allemagne. « Notre chiffre d’affaire a chuté dès le premier soir du Mondial », explique Patrick d’un air fataliste. Pas question pour autant d’installer un écran géant au Papagallo pour retransmettre les matches en direct. « Quand j’ai monté le commerce il y a six ans, je n’avais pas l’intention de faire un bar des sports », continue Patrick, pour qui « il n’est pas question de trahir une ambiance pour une mode ». Cathy, debout derrière le bar, opine de la tête. Comme Patrick, elle avoue suivre parfois « des bouts de rencontres », afin de ne pas avoir « l’air idiote » devant les amis ou les clients.
 
Peu avant la mi-temps, le portable de Patrick sonne. C’est sa femme, qui suit le matche à la maison avec sa sœur et sa mère, bières à la main. Depuis le début de la Coupe du monde, la femme de Patrick s’est découvert une passion pour les Bleus, qui laisse son mari indifférent. « Moi je suis d’origine italienne, alors s’il y a une équipe que je supporte à la rigueur, c’est bien la Squadra Azzura », explique Patrick. Quelques compères débarquent ensuite au Papagallo. Christophe, le portier, est accompagné de son ami Michaël. Le football ? « On s’en moque », affirment-ils en chœur. « Je ne vois pas ce qu’il y a d’intéressant à suivre devant sa télévision des types courir après un ballon », ironise Michaël. Deux jeunes clientes, fraîchement arrivées sur la terrasse du bar pour « Fuir le Mondial » poussent la plaisanterie : « On a qu’à donner un ballon à chaque joueur, comme ça ils seraient tous contents ! ». Décidément, la magie du football n’opère pas au Papagallo. Mais à voir tout ce petit monde passer une soirée paisible entre amis et cocktails, peut-on réellement le leur reprocher ?
Par Etienne Balmer
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Samedi 13 mai 2006
"Heureux au jeu, malheureux en amour" : un proverbe que le site internet de rencontres Meetic veut contredire en proposant dans les casinos Lucien Barrière un espace et des activités prétextes à la découverte de l’âme sœur. Petite enquête intimiste au Casino de Niederbronn (Bas-Rhin).  
 
Une lumière tamisée, un orchestre de jazz, des personnes seules, des regards qui se croisent… Vendredi 12 mai, à la Villa du Parc au Casino de Niederbronn, l’ambiance est propice à toutes les rencontres, et, qui sait, peut-être à celle de sa vie ? Si l’amour est un jeu de hasard qui n’a rien à envier aux machines à sous voisines, le site de rencontres sur internet Meetic a décidé de lui forcer un peu la main ce soir en organisant un « speed dating », ou rencontre express. Né à la fin des années 90 aux Etats-Unis, le jeu fait se rencontrer des célibataires d’âges proches, qui doivent consacrer sept minutes à chacun. « C’est comme un entretien d’embauche ! » ironise Michel, 58 ans, devant le bar. Habitué des lieux nocturnes et des rencontres, Jacques est plutôt petit joueur ce soir. Il ne s’est pas inscrit au speed dating. « Il ne faut pas y aller avec trop d’attentes, sinon on risque d’être déçu », estime t-il.
Du côté des jeunes, l’emballement n’est pas de mise non plus. Laure et Caroline sont deux copines venues à la soirée « juste pour voir ». Elles surfent régulièrement sur Meetic. « C’est super de rencontrer des gens sur internet, mais attention aux malentendus et aux désillusions », prévient Laure. « Internet, c’est la porte ouverte à tous les fantasmes. Mais comme dans la vie, c’est dur d’y trouver la perle rare ! »
Sylvie, 33 ans, célibataire, est assise seule à une table, mi-amusée, mi-ennuyée. C’est son premier speed dating, auquel ses amis l’ont poussée à s’inscrire. « Je veux passer un bon moment avant tout, voir de nouvelles têtes ». Et pourquoi pas se laisser courtiser.  
 
Cinq femmes et cinq hommes sont inscrits au speed dating des plus de 35 ans : la danse des prétendant(e)s peut commencer. Toutes les sept minutes, les hommes valsent d’une table à l’autre pour échanger les prénoms, la situation familiale, la profession, les attentes et les loisirs. « On a vite fait le tour », rapporte Chantal, divorcée, la cinquantaine pétillante, à la recherche de l’homme idéal. « Sept minutes, c’est court si l’autre est intéressant, mais c’est déjà long si l’on s’ennuie à mourir ! » ajoute-t-elle. Elle apprécie le speed dating parce qu’il permet de briser la glace dès le début de soirée. Les personnes qui ont un atome crochu se retrouvent naturellement après la séance. « Moi, j’ai joué franc jeu », déclare Jean-Paul, 48 ans, éternel coureur. Sur son petit papier fourni par les organisateurs, il a soigneusement noté des informations sur chacune de ses cinq interlocutrices. Et il aurait une petite préférence pour Chantal, qui s’est installée au bar, en face... Michel, lui, est déjà parti. Laure et Caroline tentent leur chance au casino. L’orchestre joue un slow devant une piste de danse encore déserte. Et Sylvie attend le speed dating des moins de 35 ans, où il n’y a pas assez d’inscrits. Mais la soirée est encore longue, tout est possible…  
Par Etienne Balmer
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