Aventures ordinaires

Vendredi 4 juillet 2008
Aventures ordinaires... de la Résistance

Jean Olivier a 95 ans. Il vit à Paris. Les quelques souvenirs qui vont suivre sont les siens, retranscrits le plus fidèlement possible au fil de nos entretiens, de mai à juillet 2008. Merci à Jean Olivier pour son incroyable gentillesse.


La tuberculose ; le football en conserve ; le petit Italien

 
J’ai grandi à Troyes dans les années 1920. Mes parents travaillaient dans des usines de filature. Nos voisins étaient très pauvres. Il y avait une famille de trois enfants qui louait une petite maison dans le fond de notre jardin en commun. Les parents et les enfants sont tous morts de la tuberculose en l’espace de deux ans. Moi je pouvais cavaler dans le jardin. J’avais un petit copain italien qui habitait quelques maisons plus loin, on jouait au football ensemble avec des boîtes de conserve vides. C’était mon meilleur copain quoi. Après-guerre il est même devenu député communiste en Italie. Ma mère me disait toujours : « Je veux pas que t’ailles trop avec le petit Italien ! », parce qu’elle avait peur de la tuberculose. Il n’était pas tuberculeux, heureusement pour lui - et pour moi aussi d’ailleurs.

Finalement j’ai attrapé la tuberculose l’année du baccalauréat. On m’a envoyé en cure dans le Jura. Plus tard, comme les spécialistes me recommandaient le grand air, je suis devenu arboriculteur. Encore aujourd’hui, il y a un petit trou dans mes poumons.

 

Le jour où le Front populaire a gagné ; 2 francs 40 de l’heure

 

Je ne m’en souviens pas exactement, car je travaillais dans une pépinière à Tours à cette époque. Je n’ai pas pu participer aux manifestations à Paris. Mais je me rappelle que même à Tours, qui n’était pourtant pas une ville très industrielle, il y a eu une petite célébration.

Dans ma pépinière, on était 80 employés. C’était la crise des années 30, je n’avais pas trouvé de travail ailleurs. Je travaillais 12 à 13 heures par jour, pour seulement deux francs quarante de l’heure. Avec ça je payais juste ma chambre et mes repas. Il me restait juste de quoi acheter le journal une fois par semaine, le dimanche. Je ne pouvais même pas m’acheter un billet de cinéma.

 

Républicains en déroute ; pas d’armes

 

Quelques années plus tard, je me suis acheté un terrain dans l’Eure, en Normandie. De beaux et vieux poiriers s’étendaient sur 4000m², il y avait du travail à la pelle ! A partir de 1938, j’ai commencé à héberger des réfugiés de la guerre d’Espagne, des Républicains en déroute. J’avais songé un temps à me battre en Espagne, mais ils n’avaient pas voulu de moi. Au siège du Parti communiste à Paris, on m’a dit : « On a trop de volontaires, mais il n’y a pas d’armes. Ce n’est pas la peine d’y aller. » Alors moi je n’ai pas insisté. Mais je faisais partie d’un réseau communiste sur toute la France qui aidait ces pauvres gens à éviter les camps de concentration français. En vérité je n’ai accueilli qu’une Espagnole, une jeune ouvrière. Les autres étaient des anciens combattants des Brigades internationales. C’était des professeurs, des instituteurs… Ils restaient parfois quinze jours, des fois un mois. L’été, ils me donnaient un coup de main pour récolter les fruits. Mais en hiver, les gars restaient au chaud à lire un bouquin, pendant que moi j’allais dehors tailler les arbres… C’était des intellectuels !

 

Ludwig

 

Parmi la douzaine d’hôtes que j’ai accueillis jusqu’à la déclaration de guerre, Ludwig est celui qui m’a le plus marqué. C’était le commandant de la brigade internationale allemande dans l’armée républicaine espagnole. Un juif Allemand, un type très bien, un cerveau qui avait servi comme capitaine de l’armée impériale allemande en 14-18. Je l’ai gardé chez moi jusqu’à la déclaration de guerre. Au lieu de se servir de gens qui avaient l’expérience des combats, les Français l’ont aussitôt collé dans un camp de prisonniers, le malheureux ! C’est pour vous dire à quel point le commandement français était idiot...

Pendant son séjour chez moi, Ludwig avait beaucoup écrit. Il avait même achevé un livre, une sorte de traité de philosophie en allemand. Quand il a dû partir, on avait enveloppé ses textes dans un carton, bien ficelé, et on avait caché le tout sous la pompe électrique au milieu de mon jardin. Après la Libération, Ludwig est revenu me voir en Normandie… en uniforme britannique ! Au moment de la déroute, il s’était échappé dans le Sud de la France, puis il avait rejoint l’Angleterre via le Portugal. Il avait fait toute la guerre aux côtés des Alliés. A présent que tout était fini, il venait chercher son livre manuscrit. Mais sous la pompe électrique, l’humidité avait tout fait moisir. Il ne restait rien de ses textes. Ludwig était détruit… Mais moi j’étais heureux de le voir en vie.

 

Mariages en larmes à Montreuil ; la peur de l’aviation

 

Je me suis marié à la mairie de Montreuil à la déclaration de guerre, en septembre 39. C’était curieux, car il y avait tellement de jeunes. Le maire était sur les marches de l’hôtel de ville, il y avait des centaines de gens sur la place qui venaient se marier, et tout le monde pleurait. C’était un torrent de larmes. On imaginait la guerre à venir comme celle de 14-18, on se disait qu’elle serait pire encore à cause de l’aviation. On se mariait car on se disait que si l’on mourait, au moins nos épouses auraient la pension des veuves de guerre. Quand je suis monté dans le train pour rejoindre mon régiment, on ne voyait que les femmes qui pleuraient, et souvent aussi les hommes.

 

Infirmier ; le Cagoulard ; deuxième sur la liste noire

 

A la mobilisation, on m’a envoyé dans un bataillon de chasseurs à pied, où j’ai servi comme infirmier. J’avais appris des rudiments de médecine pendant mon service militaire à Strasbourg quelques années auparavant. Le chef de la section sanitaire de mon bataillon, le sergent Rans, était un vrai alcoolique. Un soir, complètement ivre, il lève le bras et dit : « Heil Hitler ! ». Avec des copains, on l’a fait boire pour qu’il parle. « J’y connais rien en médecine, je suis là pour mettre une balle dans la nuque de ces soldats-là », m’a-t-il confié en me tendant une liste d’une vingtaine de noms. Moi j’étais le deuxième sur son papier, sans doute parce que j’étais membre de la cellule communiste du bataillon, que je croyais secrète. Le sergent Rans faisait lui partie de la Cagoule, une organisation secrète d’extrême-droite qui noyautait l’armée française. Après je me suis toujours méfié de lui, mais il ne s’est rien passé. Je n’aurais jamais imaginé que dans l’armée de la République, il y avait des tueurs à gages, des « Cagoulards ».

 

Prisonnier ; des médecins cupides

 

J’ai été fait prisonnier dans les Vosges. On était des milliers de soldats internés dans la cristallerie de Baccarat. Comme j’étais infirmier, j’ai pu éviter le stalag et on m’a logé avec les médecins. Alors j’étais au milieu des docteurs et j’entendais ce qu’ils se racontaient la nuit. A l’époque j’aurais cru les médecins plus sympathiques. Ils ne pensaient qu’au fric ! Combien de malades dans le secteur de chacun, etc. Ils savaient qu’ils allaient être bientôt libérés parce qu’ils étaient docteurs, ils reprenaient en somme leurs cabinets à l’avance. Aucun n’était volontaire pour soigner les autres prisonniers blessés ou malades, sauf un médecin noir. Tous les autres docteurs estimaient qu'en tant que prisonniers de guerre et n’étant pas payés, ils n’avaient pas à travailler. Le commandant allemand du camp est venu et nous a dit : « Je suis désolé et honteux pour l'armée française ».

 

Libéré ; le contre-ordre ; la fuite en train

 

Un jour d’août 1940, un copain me montre un papier et me dit « Olivier, t’es libéré ! ». Hitler avait décidé d’appliquer la convention de Genève – pour une fois – qui prescrivait la libération des médecins et des infirmiers comme moi. Me voilà devant la gare de Baccarat, je me rappelle encore la vue d’autres gars qui sirotaient des bières au café pour fêter le retour à la maison. Moi qui ne buvait pas d’alcool, je causais avec le mécano près de la locomotive quand on a entendu un hurlement au bout du quai. Des types en noir étaient arrivés à la gare. Je voyais des SS pour la première fois. Ils avaient visiblement un contre-ordre qui annulait notre libération. Ils reprenaient déjà les gars attablés au café et vidaient les wagons de queue. Alors j’ai dit au mécano et au conducteur : « On pourrait peut-être avancer le départ de quelques minutes ! ». Evidemment ils étaient d’accord. Je leur ai passé le charbon et on est parti sans tarder. Et c’est comme ça que je suis rentré chez moi au lieu de croupir quatre ou cinq ans en Pologne. Sur le chemin du retour vers chez moi, je suis passé par le village de mes parents, près de Troyes. Mon père m’a donné son revolver de la Grande Guerre : « Moi je suis trop vieux». Dans mon pays en Normandie, les gens ont d’abord cru que j’étais un ami des Allemands, comme j’étais le premier prisonnier libéré. Au lieu de cela, je suis entré en Résistance dès le lendemain.

 

 

Une cellule de résistants ; un jeu de cartes ; feuilles clandestines

 

Comme avant la guerre, j’ai continué à héberger des gens. Au rez-de-chaussée de ma maison, j’avais un lit qui était toujours fait pour accueillir un camarade ou un résistant. Une fois pendant l'Occupation, j’ai même reçu un type qui était membre du Conseil national de la Résistance.


Dans mon groupe, on ne devait pas être plus de cinq personnes. Et on a même été réduit à trois par la suite. Comme ça on réduisait les pertes si on était pris. Parmi les trois, il y en avait un qui était chargé du « courrier ». Les intermédiaires entre deux cellules se retrouvaient grâce à un mot de passe. Des fois c’était aussi un jeu de cartes. On montrait une certaine carte à l’autre, et s’il sortait de son jeu la carte correspondante, la liaison était faite.

 
De 1940 à 44, mes activités de résistance consistaient surtout à écouler des feuilles clandestines de L’Humanité. J’avais un ami imprimeur dans les environs de mon village, et le chef de gare était un camarade aussi. Alors je cherchais les feuilles clandestines de L’Humanité à la gare, je livrais celles de mon secteur et je déposais le reste à Evreux, où d’autres passeurs se chargeaient de les distribuer.

 

Le revolver ; l’amende ; « sauvez-vous »

 

Les Allemands fusillaient sur place les types de notre genre. Avec un camarade, on distribuait clandestinement L’Humanité à vélo. On avait chacun des sacoches remplies de journaux de petit format. Dans la musette avant, j’avais le vieux revolver de mon père. Un jour, alors qu’on était en train de causer en roulant mon ami et moi, arrivent en face cinq gendarmes allemands, mitraillettes au poing. Avec mon camarade, on s’est dit qu’on aurait pas le temps de sortir notre revolver, on serait mort avant. A ce moment-là, un adjudant chef avec un grand collier d’argent nous a dit dans un français sommaire : « Vous pas droit, rouler côte à côte, c’est interdit, c’est vingt francs ». On a sorti nos vingt francs de bon cœur, et l'adjudant nous a laissé continuer l’un derrière l’autre ! Plus tard on s’est regardé mon camarade et moi, et on s’est embrassé... On l’avait échappé belle !

 
Les gendarmes français ne valaient souvent pas mieux que les Allemands. Une fois je venais de distribuer une feuille clandestine à un épicier quand les gendarmes sont passés chez lui pour faire leurs courses. Ils sont tombés sur un exemplaire de L’Humanité que l’épicier avait oublié de dissimuler. Ils ont immédiatement téléphoné à la Gestapo. La Gestapo est venu le chercher, il a été fusillé le lendemain matin. Sa fille est venue me retrouver en vélo, elle m’a dit : « Monsieur, mon père a été tué, il n’a rien dit, sauvez-vous ».

 

Quand les Allemands chantaient l’Internationale ; Pateuf

 

Moi je n’avais pas de haine contre le soldat allemand. Je me battais contre une idéologie : le fascisme. A 10 kilomètres de chez moi, il y avait un camp allemand traversé par la Seine. Avec un copain batelier, on distribuait des tracts en allemand par le fleuve, là où il n’y avait pas de sentinelle. C’étaient des messages en allemand qui prédisaient que l’Allemagne allait être bombardée et allait perdre la guerre. Ça cassait tellement le moral des Allemands qu’un jour où j’étais venu vendre mes poires dans une petite ville des alentours, j’ai vu une cinquantaine de soldats de la Wehrmacht en train de chanter sur une mélodie que je connaissais bien : celle de l’Internationale ! C’était presque un commencement de rébellion. C’étaient peut-être des anciens socialistes. Mais on se méfiait d’eux quand même, des fois qu’ils avaient un petit coup dans l’aile...

 
Pendant l’Occupation, une chambre avait été réquisitionnée chez mes parents près de Troyes pour héberger un jeune officier allemand. Mon père avait une grande basse cour, alors ma mère, qui était bonne cuisinière, faisait un coq le dimanche et des nouilles aux oeufs très souvent. L’officier allemand disait toujours à ma mère : « Oh, faites-moi pâtes oeuf, pâtes oeuf, pâtes oeuf... ». Alors on l’avait surnommé Pateuf. C'était un brave type. Contre un jeune homme comme ça on n’avait pas de haine. On détestait Hitler, la Gestapo et les SS, mais pour lui on avait de la sympathie. Il était d’autant plus intéressant qu’il avait fait ses études à Strasbourg, où il avait appris le français. On essayait d’obtenir de lui des renseignements pour la Résistance, mais on n’en a pas tiré grand-chose.


Au réveillon 41, j’ai fait pleurer Pateuf à chaudes larmes. Je lui ai dit que la guerre allait durer, que l’Allemagne allait certainement être bombardée et que s’il allait sur le front de l’Est, il était sûr d’y perdre la vie. D’un seul coup Pateuf s’est mis à pleurer, on ne pouvait plus l’arrêter. Il est parti en 42, et après on n’a plus jamais eu de nouvelles.

 

Le rendez-vous de minuit ; les ondes dangereuses

 

Les gens étaient influencés par la radio et les journaux de la propagande allemande. C’était évidemment interdit de lire ou d’écouter autre chose. A la nuit tombée, les Allemands passaient avec une voiture spéciale dans les rues pour détecter ceux qui avaient un poste radio. Tous les postes avaient été confisqués, pour empêcher les Français d’écouter Londres. Mais j’avais réussi à cacher mon excellent poste de radio, le dernier modèle de 39. Il prenait les ondes courtes comme si c’était émis depuis la Tour Eiffel ! J’écoutais aussi bien la Suisse que Londres et Moscou. A minuit j’avais tout ce que je voulais. J’étais celui qui donnait les nouvelles dans le village. D’abord à l’épicerie, qui était tenue par des amis, qui se chargeaient de répandre les nouvelles à tout le village. Je ne sais pas si d’autres gens écoutaient Londres aussi chez nous, ce n’était pas des choses qu’on criait sur les toits.

 

Le marché noir ; du foin au dessus des SS

 

A l’époque tout le monde faisait du marché noir. Tout le monde circulait à bicyclette avec des carrioles pleines de provisions à revendre… Le rationnement a retourné beaucoup de Français contre les Allemands. Il fallait même un ticket pour acheter une paire de chaussons. Une famille avait droit à 250g de beurre par mois. Le beurre était taxé 18 francs le kilo, ça permettait tout juste aux paysans de gagner leur vie. Alors ils donnaient le minimum de beurre au ravitaillement officiel, et le reste ils le vendaient aux trafiquants, qui le revendaient aux restaurateurs de Paris pour 100 francs le kilo…

 
Moi j’étais contre le marché noir, je vendais mes poires au prix de la taxe. Mais je me retrouvais comme un idiot. Comme je n’avais pas de voiture, un camionneur apportait mes poires place Jeanne d’Arc, à Rouen, où il y avait un marché de gros officiel. Les revendeurs étaient malins : ils arrivaient juste avant la fermeture, à la cloche de 10 heures, et ils achetaient les invendus à prix cassés. Quand je rentrais en train, je voyais mes poires sur la route, vendues trois fois le prix qu’on me les avait achetées l’instant d’avant…

 
Un jour où j’étais en cavale, je suis passé par une petite ville où il n’y avait pas de ferme pour dormir. Alors l’instituteur m’a dit : « Si vous ne voulez pas vous faire arrêter, réfugiez-vous dans la grande salle municipale. Il y a des SS qui y font la fête ce soir, mais si vous passez par derrière, vous accéderez au grenier et vous y trouverez du foin ». C’était la cache du coin pour les vendeurs itinérants du marché noir. Alors j’y ai dormi, mais que d’une oreille, vous pensez bien !

 

 

Les collabos ; le curé du village ; dénoncé

 

La majorité des gens étaient attentistes, mais il y avait aussi des collaborateurs dans mon village. Il y avait notamment un industriel qui travaillait pour les Allemands, alors ses ouvriers ils étaient tous pour les Allemands aussi, parce qu’ils se disaient que si jamais l’Allemagne perdait la guerre, ils n’auraient plus de travail !

 

C’est le curé du village qui m’a dénoncé finalement, début 1944. Heureusement j’ai été prévenu par sa femme de ménage, qui était sa maîtresse d’ailleurs mais qui m’était sympathique. J’ai aussitôt pris mon vélo de course et un sac à dos avec des vêtements de rechange. Je suis parti par la porte de derrière, vers la forêt, alors que les Allemands m’attendaient devant. En une journée, j’ai fait 169 kilomètres et j’ai fui dans la Sarthe, puis la Beauce.

 

Pour la petite histoire, ce curé s’est fait muté après m’avoir dénoncé car il avait violé une communiante de 14 ans, la fille du boucher. Au lieu d’être emprisonné, ils l’ont nommé dans le 16e arrondissement de Paris! Sans doute était-il bien vu du pouvoir en place…

 

Dans le maquis ; 82 chars

 

De la Beauce, j’ai réussi à rejoindre le village de mes parents dans l’Aube. Un maquis s’était formé dans la forêt d’Orient, une grande forêt qui s’étendait à l’époque sur plusieurs départements. On n’était pas très nombreux au début, une quinzaine d’hommes. Mais du coup c’était difficile de nous attraper. Les Allemands n’osaient plus s’aventurer dans la forêt.

 

Notre portée d’action restait cependant très limitée. Même à la fin de la guerre, la supériorité des Allemands face à nous était énorme. J’avais reçu une mitraillette, mais on n’avait même pas de grenades, on faisait des cocktails Molotov. On libérait des villages délaissés par l’ennemi dans sa retraite, ou bien des petites villes où la garnison en place était peu nombreuse. Mais on était régulièrement bombardés par l’aviation et l’artillerie allemandes – et parfois par les avions américains aussi, qui nous prenaient pour des Allemands ! Une fois, l’artillerie allemande nous avait coincés, j’ai vu des arbres plus gros que ma cuisse exploser en mille éclats à quelques mètres de moi. J’ai eu de la chance, toujours. On a eu beaucoup de pertes, mais on se reformait rapidement car on trouvait des volontaires dans chaque village libéré. A la fin il y avait plus de volontaires que d’armes.

 

Et puis les Allemands ont contre-attaqué avec des chars. La plaine en était entièrement recouverte. Leur convoi est passé une nuit juste à côté de moi. Avec un camarade, on s’est couché dans le fossé qui bordait la route. On a compté les chars, machinalement : il y en avait 82 !

 

Massacres ; les pieds de Patton ; retour au pays

 

Un camarade avait caché une mitrailleuse dans la forêt. Quand la nuit on voyait circuler une voiture isolée, on tirait. Comme les Français n’avaient pas de voiture, c’étaient forcément des Allemands. Une nuit mon camarade a tiré, la voiture a dérapé... Mais ce sont des médecins qu’on a abattu cette nuit-là.

 

Je n’ai jamais tué personne, et j’en suis heureux. Mais une autre fois on s’est fait canarder par des soldats allemands. Je me suis trouvé nez à nez avec un jeune Allemand qui avait tiré sur nous et qui était à court de munitions. Quand je suis arrivé sur lui, il s’est transformé en quelques secondes, il est devenu verdâtre, il s’est cru mort. Quand j’ai vu ce gosse qui levait les mains en l’air, je l’ai fait prisonnier et je l’ai ramené au PC de mon groupe. Notre chef, un ancien capitaine de 14-18, nous a dit : « C’est pas difficile, on fusille tous les prisonniers ». On en avait une soixantaine ! Comme j’étais indigné, le capitaine m’a foutu son revolver sur la poitrine : « Si tu dis encore un mot, je te descends avec eux ». Alors mes camarades ont fusillé tous les prisonniers, et moi je les ai regardé faire, impuissant. Il a fallu deux charrettes pour transporter les cadavres avant de les enterrer.


(La ville de Troyes a été libérée par les Américains le 26 août 1944, au lendemain de la libération de Paris). Les Américains m’ont emmené en jeep jusqu’à leur état-major, dans une caserne à Troyes. J’arrive dans une pièce, je vois deux énormes pieds sur une table, et on me présente au général Patton ! Il était avec tous ses officiers debout autour de lui… Il ne savait plus vraiment où étaient ses troupes, ni celles des Allemands, et les nôtres encore moins. Alors avec l’aide d’un interprète, on a parlé pendant un quart d’heure, devant une carte.


J’ai rendu le revolver à mon père. Puis je revenu dans mon village de Normandie. Un nouveau curé est venu, un Breton. Il m’a dit : « Vous êtes le premier paroissien que je viens voir, car je sais qui vous êtes ».

 

Par Etienne Balmer
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Mardi 24 juin 2008
Hachiko, le chien solitaire


Dans les années 1920 à Tokyo, un chien attendait chaque soir le retour de son maître dans une gare de proche banlieue. Quand son maître mourut au travail, Hachiko continua pourtant à attendre tristement devant la gare un retour qui ne viendrait plus jamais, jusqu'à sa propre mort dix ans plus tard... Emus par la fidélité du chien, les Japonais lui ont érigé une statue. Hachiko est devenu un point de rencontre prisé à Shibuya, l'un des quartiers les plus branchés de Tokyo.
Par Etienne Balmer
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Mardi 22 avril 2008

Les « ultra trailers »

ou les extra-terrestres de l’endurance


Chaque année au mois d’août, réussir le tour du massif du Mont-Blanc d’une traite et en moins de quarante-six heures est l’obsession de plusieurs milliers de coureurs hors normes qui participent à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB).


Une performance physique digne d’extra-terrestres : 9.000 mètres de dénivelé positif sur 163 kilomètres sans étape, une course de jour comme de nuit.


Le vainqueur des deux dernières éditions, l’Italien Marco Olmo, 59 ans, a réussi l’épreuve 2007 en 21 heures et 31 minutes.


 

Marco Olmo à l'UTMB. Photo JP CLATOT

« Chaque année, ce sont 4.500 fous qui partent autour du Mont-Blanc pour se faire plaisir », plaisante Nicolas Mermoud, troisième de l’édition 2007.


Un plaisir qui s’apparente à une vraie drogue pour Marco Olmo. Chaque matin vers six heures, le Piémontais part s’entraîner en montagne. L’ancien employé de carrière a découvert l’endurance sur le tard, à 27 ans, presque par hasard, à l’occasion de sa participation à une course de village.


Le virus de l’endurance n’a plus quitté l’Italien, qui s’est découvert une prédilection pour les épreuves particulièrement longues, les « ultras ». « Au-delà de 70 km, une course devient ultra », explique Catherine Poletti, co-organisatrice de l’UTMB depuis cinq ans.


On compte environ 30.000 coureurs ultras en France, sur route goudronnée ou sur sentier (« trail » en anglais). Plus de 800 courses trail existeraient en France, selon les organisateurs du l’Ultra du Mont-Blanc, l’une des plus prisées.


Signe de l’engouement pour cette course, le nombre limite de participants à l’édition 2008 a été atteint…10 minutes après l’ouverture des inscriptions sur internet en janvier. « Il y avait plus de 8.000 demandes », explique Catherine Poletti, l’air désolé.


Les organisateurs réfléchissent à des solutions pour une « sélection équitable » des coureurs, sans tomber dans la professionnalisation pure. La participation à davantage de courses pourrait être requise au préalable, un tirage au sort serait également mis en place, où les candidats malchanceux deviendraient prioritaires pour l’édition suivante.


Quand il essaie d’expliquer les raisons du succès des trails et sa motivation personnelle, Nicolas Mermoud, 41 ans, parle de la recherche « d’aventure et de partage ». La Britannique Lizzy Hawker, 32 ans, première femme de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 2005 qui espère bien récupérer son titre cette année, parle de son goût immodéré pour « la solitude et la nature », et l’envie d’aller « toujours plus vite ».

Départ de Chamonix. Photo JP CLATOT


Pas de primes au vainqueur


La motivation profonde de ces coureurs de l’extrême ne passe pas par les mots. C’est peut-être dans le regard en acier trempé dans l’effort de Marco Olmo qu’il faut la chercher. Un défi titanesque lancé à soi-même, une rage de vaincre qui résiste – encore – aux sirènes de l’argent.


Car l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, comme les autres courses longue distance, n’offre pas de primes au vainqueur. Seuls comptent le dépassement de soi et la gloire. Une notoriété toute relative, la discipline étant peu médiatisée.


La renommée de Marco Olmo se limite au cercle des initiés de l’ultra trail et de son village de Robilante, dans le Piémont, bien que le double champion en titre de l’UTMB a aussi remporté une pléthore de titres dans toute l’Europe et en Afrique du Nord, comme le Marathon des Sables à trois reprises. Les sponsors se contentent de lui fournir son matériel, et non pas de lui offrir une seconde retraite. « Nous sommes pauvres », dit simplement Dalmatio Renata, son épouse, avec le sourire.


Il y a trois ans, le trail a été happé par la Fédération française d’athlétisme, mais les licenciés sont peu nombreux. « La course a toujours été une histoire d’amateurs », rappelle Lizzy Hawker. Vivre et courir libre.

 

 

Les trois épreuves proposées pour l’UTMB 2008

- Le tour du du Mont-Blanc, avec départ et arrivée à Chamonix (2.300 coureurs, 163 kilomètres, 9.400 mètres de dénivelé positif et 46 heures maximum de course) ;

- La « CCC » (Courmayeur-Champex-Chamonix, 2.000 coureurs, 96 kilomètres et 5.600 mètres de dénivelé en 25 heures) ;

- Un nouveau raid, la « Petite trotte à Léon » (50 équipes de trois personnes, 220 kilomètres, 17.000 mètres de dénivelé, 100 heures de course maximum, pas de classement final).

Par Etienne Balmer
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Lundi 17 décembre 2007

RETOUR DE BATON

J'ai sous-estimé l'émotion persistante autour de l'affaire Garfieldd. Je regrette le mal potentiel que la publication de mon article sur Rue89 a pu causer au principal intéressé, que je n'avais pas averti de ma démarche, contrairement aux autres personnes nommément citées dans mon papier.  

J'ai pensé que l'affaire était assumée à présent, comme l'identité de Garfieldd est facilement retrouvable sur internet, y compris sur nombre de blogs qui avaient pris sa défense à l'époque des faits. 

Une erreur professionnelle qui m'a valu une mini-fronde sur la blogosphère.

J'ai pourtant tenté de mener une enquête journalistique sans parti pris, sincère, aussi sérieuse que possible. J'invite les esprits à l'apaisement, pour la réputation de Garfieldd comme de la mienne. Merci.

Par Etienne Balmer
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Jeudi 6 décembre 2007

Au boulot, le web 2.0 fait souffler le chaud et le froid

 

On l’annonçait comme la nouvelle fronde branchée de David contre Goliath. Cinq ans et quelques procès plus tard, le blog a calmé les salariés les plus bavards. Une leçon amère des risques professionnels d’une surexposition intime sur internet, alors que les réseaux sociaux prospèrent.


 

« On pensait juste écrire pour nos potes… ». Il y a deux ans, A. et ses camarades de stage tenaient un blog, dans lequel ils se moquaient allègrement de leurs chefs. Le délire d’étudiants potaches a tourné court quand la direction est tombée dessus, comme le blog était en libre accès. « Après c’est devenu l’enfer pour nous », témoigne une copine de A., prise elle aussi la main dans le… clavier.


De l’ancienne ivresse du verbe libre à la sobriété d’aujourd’hui, le contraste est saisissant chez les blogueurs qui se sont brûlés les ailes dans le monde du travail. Aujourd’hui, A. ne tient plus de blog et fuit Facebook et consorts. Pour son avenir de jeune professionnel, il vaut mieux enterrer cette mauvaise anecdote. Mais Google, qui archive les pages web, peut avoir la mémoire aussi longue qu’une carrière.

 

 « Avec internet, on baigne dans la culture du tout gratuit et du tout permis », décrypte Stéphane Boudin, avocat au barreau de Seine Saint-Denis spécialisé dans le droit du travail et les contentieux du web. « Or les sanctions peuvent arriver très vite ». Quels sont les risques professionnels de s’épancher sur un blog ? En France, la liberté d’expression a valeur constitutionnelle et elle est consacrée dans le code du travail. Mais cette liberté à l’intérieur et hors de l’entreprise connaît des limites, auxquelles internet n’échappe pas. La diffamation, le dénigrement et l’injure sont une première ligne à ne pas franchir.

 

Une ex-salariée de Nissan en colère


Licenciée en octobre 2004 pour avoir refusé coup sur coup deux postes déclassés après un retour de congé de maternité, Stéphanie Gonier crée un blog en février 2006. « Maman chez Nissan Europe, parité bafouée » est un pamphlet électronique dans lequel la trentenaire en colère s’affiche en porte-étendard de salariées victimes de leur congé parental. La blogueuse lâche des noms, et traite ses ex-employeurs d’« association de malfaiteurs ». Nissan Europe lui intente un procès en diffamation, que la jeune femme perd. Les noms et les propos en question sont retirés du blog, des dommages et intérêts sont payés. Pourtant, Stéphanie Gonier ne regrette rien : « Je voulais montrer que l’on pouvait se défendre contre une grande holding. Si c’était à refaire, je le referais ».  

 

S’il est salarié, le blogueur doit respecter ses obligations de loyauté et de discrétion envers son employeur. Il ne doit pas écrire sur son blog pendant ses heures de travail, ni décrire de manière négative son entreprise ou dévoiler des secrets professionnels.

 

L'affaire Petite Anglaise

 

Sur son blog Petiteanglaise.com, Catherine Sanderson joue les Bridget Jones. Avec humour, elle y parle de sa vie d’expatriée à Paris, et plus rarement de son employeur, le cabinet britannique d’expertise comptable Dixon Wilson, en se gardant bien de le nommer. Un jour, elle dépeint l’un de ses patrons comme « un senior partner portant des bretelles et des fixe-chaussettes », environné par « un portrait de la reine dans un cadre, du chocolat Cadbury’s, du thé Tetley ». Pas de quoi nuire à l’image de la compagnie. Pourtant, quand l’entreprise découvre le blog en février 2006, c’est le scandale. Deux mois plus tard, la jeune femme est licenciée. « Propos inacceptables », « pur dénigrement à l’égard de vos supérieurs »… Dixon Wilson veut ériger le « cas Petite Anglaise » en exemple d’autorité de l’employeur sur ses salariés. Mais le cabinet d’experts-comptables en sera pour ses frais. Catherine Sanderson porte l’affaire aux prud’hommes pour licenciement abusif. Et gagne, en mars dernier. Les avocats de son employeur n’ont pu prouver que le blog détériorait sérieusement l’image de Dixon Wilson. En revanche, la blogosphère et les médias du monde entier se sont chargés de le faire. Depuis, les employeurs confrontés à un blog sont plus prudents, et les blogueurs salariés aussi.

 
Flou juridique et devoir de réserve pour tous
 

Nombre d’employeurs préfèrent négocier en pièces sonnantes et trébuchantes le départ d’un salarié blogueur embarrassant. Alice est congédiée par sa boîte de communication en mars 2006 après qu’un collègue l’eût démasquée comme l’auteur et modèle photo d’un blog en petite tenue. Un accord financier évite aux deux parties un procès long et médiatique, dont l’issue s’annonçait incertaine. Car les agissements du salarié en dehors de son temps de travail ne justifient pas de sanction disciplinaire, sauf s’ils causent un « trouble objectif caractérisé » à l’entreprise. Une notion qui erre encore dans un certain « flou juridique », selon l’avocat Stéphane Boudin. L’employeur doit démontrer en quoi des actions précises du salarié entraînent un trouble matériellement vérifiable ou un préjudice certain à l’entreprise.

 

Fonctionnaires, taisez-vous!

 

Cette exigence de « dignité » est particulièrement prégnante dans la fonction publique, où le devoir de réserve n’est pas un vain mot. « La fonction publique aime bien verrouiller ce qu’il se passe en son sein », commente Stéphane Boudin. De mémoire, l’avocat estime à « une quinzaine » le nombre de fonctionnaires réduits au silence pour s’être exprimés sur leurs métiers respectifs dans un blog. Parmi eux, un inspecteur du travail, des policiers, des médecins ou encore des enseignants.


A l’automne 2005, le ministère de l’éducation nationale s’affole du contenu du « blog de Garfieldd ». Derrière ce pseudonyme s’abrite un proviseur d’un lycée en Lozère. En plus de confier des réflexions personnelles sur son métier, le proviseur se sert de son blog comme une tribune pour revendiquer son homosexualité. On y voit des photos d’hommes en sous-vêtements, on y lit quelques mots crus. Le proviseur y apparaît lui-même, allongé nu sur une plage, sur le ventre, le visage et les fesses visibles. D’abord révoqué de la fonction publique dans un climat de prude panique et de rumeurs infondées de pédophilie, le proviseur verra finalement sa sanction commuer en une suspension de six mois en janvier 2006. « Quelque part, il a eu ce qu’il méritait », juge un infirmier blogueur, lui-même homosexuel assumé. « Cela ne lui serait jamais venu à l’esprit de poser à poil en couverture de Têtu. Et sur son blog il le fait ! ».

 

"Moins on est sur Google, mieux c'est"

 

« La liberté sur les blogs s’arrête au même moment que dans la vie : à la politesse, à la bienséance, à la hiérarchie professionnelle », martèle Ron, le blogueur infirmier. Qui tient farouchement à son anonymat : « Révéler son identité, c’est une mine à emmerdements ». Depuis trois ans, Ron saupoudre la narration de sa vie quotidienne de vieilles anecdotes professionnelles, en trichant légèrement sur son domaine de soins pour brouiller les pistes. Cela ne lui a pas épargné la rancune de sa chef, paniquée à l’idée d’avoir un employé hors de son contrôle. Sous pression, Ron a finalement démissionné cet été. « J’aurais pu me lâcher sur ma chef dans mon blog. Mais je me suis retenu, car si mon nouvel employeur était tombé sur des âneries et des injures de ma part, il aurait peut-être hésité à m’embaucher ». Catherine Sanderson, alias Petite Anglaise, joue les Cassandre : selon elle désormais,à cause d’un blog polémique ou d’une page personnelle à l’humour douteux, « le risque est moins de se faire virer que de ne pas se faire embaucher ». Conclusion laconique de Ron l’infirmier : « Moins on est sur Google, mieux c’est ». Un appel à la modération peut-être salutaire, à l’heure de l’engouement pour les réseaux sociaux comme Facebook ou Myspace, dont personne ne sait aujourd’hui à quelles fins les données personnelles collectées sur leurs joyeux membres pourront être employées dans quelques années.

 
Par Etienne Balmer
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Mardi 4 décembre 2007
Aventures ordinaires à... Singapour

Sur YouTube, les régimes autoritaires deviennent cool

 

L’Autorité de développement des médias de Singapour soigne son image. Une vidéo qui met en scène les cadres supérieurs du service en train de rapper circule en ce moment sur le web. Séduit, le très influent Loïc Le Meur juge dans un message du 1er décembre sur son blog « très intéressant que le Gouvernement de Singapour soit capable de créer ce genre de vidéo, et surtout de placer le Web et son développement très haut dans ses préoccupations », et imagine déjà un partenariat avec son site de vidéo Seesmic.



 
 
Big city, big money, Big Brother
 

En 1965, Singapour déclare son indépendance. La politique économique ultralibérale du gouvernement favorise l’afflux d’investissements étrangers, notamment dans l’électronique grand public. Aujourd’hui, Singapour est une cité-Etat de 4 millions d’habitants dont le commerce, la finance, le high-tech et la pétrochimie sont les principaux atouts.

 

De nombreuses organisations des droits de l’homme, dont Amnesty International, dénoncent le recours systématique des dirigeants de Singapour à des procès en diffamation pour acculer au silence et à la faillite leurs adversaires politiques. Chee Soon Juan, le secrétaire général du Parti démocratique de Singapour (Singaporedemocrat.org), est un habitué de courts séjours en prison pour prise de parole illégale en public. Le cyberespace singapourien est lui aussi sévèrement muselé par les autorités, notamment – tiens, tiens, l’Autorité de développement des médias de Singapour précisément, les auteurs du clip vidéo.

 

La formidable réussite économique de Singapour achève d’étouffer toute contestation intérieure et toute critique sérieuse émanant de la communauté internationale.

 

En février 2007, Courrier international consacrait un dossier sur Singapour. Morceaux choisis.

 

« Le modèle politique singapourien est l’aboutissement d’une stratégie très sophistiquée qui vise à contenir, contrôler et manipuler la société… »

 

« Le gouvernement de Singapour part du principe que ce qui importe le plus aux gens dans le quotidien, c’est de vivre en sécurité, d’avoir un emploi sûr, une vie paisible et prospère… »

 

« Le gouvernement est proche de son but : l’idéal d’une société qui sera toujours gouvernée par un groupe d’hommes et de femmes irréprochables, honnêtes et travailleurs, garantissant la probité de leurs successeurs grâce à un système d’autocontrôle et d’auto-renouvellement continus ».

 
 Quelques interdits locaux (source : Wikipedia)
 

Il est interdit de : faire la grève, avoir des rapports homosexuels masculins, posséder une antenne parabolique, vendre des journaux malaisiens et des chewing-gum, manger et boire dans les transports en commun…

 

Selon Amnesty International, 420 personnes ont été pendues à Singapour entre 1991 et 2005, essentiellement pour trafic de drogue. Le nombre d'exécutions capitales par habitant de Singapour est le plus élevé du monde.

 
 
 
 
 
Par Etienne Balmer
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Lundi 15 octobre 2007
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Jazzy Japan

Les cafés abondent à Tokyo. Avec la chaleur lourde de septembre, leur fraîcheur climatisée est vrai bonheur. Un verre d'eau vous est toujours offert d'emblée. Beaucoup de cafés sont issus de chaînes, très appréciées des Japonais : Doutor, sorte de Starbucks haut de gamme, ou Veloce qui recrée une ambiance de brasserie "à la française"...
Le jazz et la bossa nova y sont distillés en continu.


Optic
3000


















Dans les rues de Tokyo,
on tombe parfois sur des nettoyants publics
pour lunettes. Pour peu que l'on y plonge sa monture, l'eau du premier bassin se met à bouillonner comme par magie. On trempe ensuite ses verres dans l'eau froide d'un autre évier, avant de les essuyer à l'aide d'un mouchoir, tout aussi généreusement mis à disposition du passant. Un service agréable et gratuit, mais sans doute pas anodin : l'installation est en devanture d'un opticien...



Pique-nique
en banlieue


Une bande d'amis, un dimanche après-midi sur les berges du fleuve Tama, au sud-ouest de Tokyo. On souffle sur les braises du barbecue, on se détend sur sa chaise pliante, ou l'on s'ingénie à monter un auvent, au cas où la pluie serait tentée de s'inviter à la fête.


Sumo, la force tranquille




Geta
(sandales de bois) aux pieds et kimono fleuri au vent, un sumo s'apprête à gagner les vestiaires du Kokugikan, l'arène où se déroule chaque année le grand tournoi d'automne à Tokyo.


Sushi et compagnie



Tsukiji, à l'embouchure du fleuve Sumida dans la baie de Tokyo, est le plus grand marché de produits de la mer au monde. Plus de 2000 tonnes de poissons, crustacés et autres poulpes fraîchement pêchés y sont vendus chaque matin.



















A l'extérieur des halles géantes de Tsukiji, c'est un ballet incessant de
drôles d'engins électriques à trois roues, qui font l'aller-retour entre les camions frigorifiques et les étalages du marché. Les policiers, au milieu du trafic, jouent les chefs-d'orchestre.





Pendant que des coursiers déchargent encore de la marchandise, une file d'attente s'est déjà formée à l'entrée des restaurants de sushis qui bordent les halles de Tsukiji. Rien que pour le plaisir de déguster le poisson le plus frais possible... Il est 7h30 du matin.

La loterie des Dieux






Deux jeunes filles lisent leur avenir, non loin du temple Senso-ji à Asakusa. Consulter l'omikuji, la loterie sacrée, est une pratique courante au Japon. Obtenu contre une modeste offrande pécuniaire au temple, l'horoscope divin prend la forme de petits rouleaux en papier. Lorsque la prédiction est mauvaise, on peut l'accrocher sur une branche de pin ou sur des grilles spécialement conçues à cet effet (photo) à proximité du temple, pour conjurer le mauvais sort.




Les modes de tirage des omikuji varient - il existerait même des distributeurs automatiques ! Cependant la technique la plus répandue consiste à extraire une baguette en bois contenue dans un tube en bambou. Sur chaque baguette est inscrite un numéro distinct. Celui-ci renvoie à un casier précis, dans lequel la prédiction vous attend...


Electric city




Haut lieu du marché noir dans l'après-guerre, Akihabara s'est spécialisé très tôt dans l'électronique. Rudement concurrencé par les nouveaux quartiers branchés de Tokyo, Akihabara connaît un second souffle depuis qu'il est devenu l'un des lieux favoris des mordus de mangas. Pour vanter des produits high-tech dernier cri, un jeune employé racole le chaland, pancarte à l'appui : une bonne vieille recette à l'ancienne, un spectacle quotidien à Tokyo.


Le temple des héros criminels

Le temple shinto de Yasukuni à Tokyo est le symbole du Japon nationaliste (actualité récente). Il "déifie" les âmes des deux millions de soldats qui ont donné leur vie au nom de l'empereur. Accessible à tous, le sanctuaire fait l'objet d'un culte populaire, aussi bien par des vétérans de la Seconde Guerre mondiale que par des familles et, plus surprenant de nos jours, par beaucoup de jeunes.

Ambiance lugure dans
le Yushukan, le musée de l'histoire militaire du Japon, non loin du temple. Des murs entiers y sont recouverts de photos de "héros", dont les célèbres pilotes kamikazes. On y apprend aussi que l'expansion japonaise en Asie et dans le Pacifique dans la première moitié du 20e siècle aurait été destinée à créer "une sphère de co-prospérité de la Grande Asie" face à l'impérialisme occidental. Rien, ou presque, sur les exactions de l'armée japonaise sur les populations des pays occupés pendant cette période. Les massacres de Nankin en Chine (qui firent entre 150.000 et 300.000 victimes civiles en 1937-1938) y sont qualifiés de "troubles" auxquels l'armée japonaise aurait mis fin en établissant un "cordon de sécurité".

Dans le magasin-souvenirs du Yushukan, on achète des cendriers figurant les avions de chasse de l'armée impériale pendant la guerre, les fameux Zero, ou des hachimaki, les bandeaux aux couleurs du drapeau national, portés notamment par les... kamikazes.





Par Etienne Balmer
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Dimanche 13 mai 2007
Carnet de voyage au Caire, du 9 au 21 avril 07

Pour en savoir plus sur le défi urbain du Caire, lisez El-Nessim


Le café Fishawi, dans le souk de Khan-el-Khalili.
Un lieu mythique,
jadis fréquenté par la fine fleur intellectuelle égyptienne. Aujourd'hui l'un des points de repère de la jeunesse dorée cairote, et de touristes en quête de l'Orient de leurs fantasmes. 































Un homme et son fils réparent une vieille voiture, à deux pas du Caire copte. Un quartier historique transformé en véritable musée à ciel ouvert, sous étroite surveillance policière.
















Le long des couloirs du nouvel hôpital de Kasr-el-Aini,
dans le centre-ville du Caire, des Egyptiens prennent leur mal en patience.


















Un marché aux dromadaires, à quelques dizaines de

kilomètres du Caire. Les Egyptiens sont amateurs
de courses de dromadaires. Leur viande est également appréciée.




Les rues paisibles de Garden City forment un dédale parsemé de végétation.
De nobles façades se délabrent en silence et semblent se remémorer avec regret leur gloire passée. Inspiré des cités-jardins à l'anglaise, Garden City était le quartier de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie jusque dans les années 60.
Bien qu'il abrite toujours plusieurs ministères et des ambassades, les nouveaux riches ont déserté Garden City au profit de villes privées en périphérie du Caire.

Mais c'est toujours le quartier préféré de l'écrivain cairote Alaa el-Aswany (L'immeuble Yakoubian), qui y vit et exerce sa profession de... dentiste. "Mon cabinet est une fenêtre sur les gens, ils me racontent leurs problèmes, et ils arrivent que nous devenons amis", dit-il.





Une mosquée à proximité du Centre culturel français.

Lors de la prière du vendredi, la plus importante de la semaine, le lieu fait toujours salle comble.

Les retardataires s'entassent dans l'arrière-cour et sur le trottoir.


Le prêche de l'imam est diffusé par haut-parleurs dans tout le quartier.
































Par Etienne Balmer
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Vendredi 10 novembre 2006

Le questionnaire de Proust, vous connaissez ? Marcel Proust fut peut-être l'inventeur des jeux-test modernes... Plutôt sérieux en 1886 mais efficace !

Répondez vous-même au questionnaire (et lisez les réponses de Proust)

Mes réponses personnelles :

Ma vertu préférée : l'écoute.
Le principal trait de mon caractère :  un dilemme permanent entre une soif de reconnaissance et un certain art du détachement.
Ma principale qualité : la modestie. Mais tenir un blog ne démontre-t-il pas le contraire ?
Mon principal défaut : un manque de confiance en moi.
Mon occupation préférée : observer les gens.
Mon rêve de bonheur : être et rester simple.
Quel serait mon plus grand malheur ? Devenir sourd.
La couleur que je préfère : mon grand-père m’a légué son daltonisme. Du coup, je m’invente des couleurs. J’en vois de très belles.
La faute qui m’inspire le plus d’indulgence : celle du débutant.

Par Etienne Balmer
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