Sur les murs de Berlin,
le collage fait concurrence au
graffiti
A Berlin, où le
graffiti omniprésent fait partie du paysage urbain, la répression s'est durcie ces dernières années, encourageant indirectement un renouveau artistique, celui du
collage.
Depuis la chute du Mur, les graffeurs peignent sur les ponts et les façades, les toits et les transports en commun, avec parfois des pseudonymes
pour seules signatures : "Kowalski", "Just", "Bronco", "Bimer"... Dans la capitale allemande, dont les fresques sur le Mur ont fait le tour du monde et dont l'image alternative attire de
nombreux touristes, ces artistes de rue sont pourtant aujourd'hui sur la défensive.
Tout en cherchant la reconnaissance de leurs pairs et du public, ils se méfient des journalistes et des photos. Et pour cause: quand il n'y a pas d'accord avec le propriétaire de la surface
peinte, leur art est illégal.
Après la chute du Mur en 1989, se rappelle Robert Schultz, propriétaire d'un
magasin de matériel pour graffiti , "il existait dans les quartiers
de l'Est beaucoup d'immeubles à l'abandon où chacun pouvait imprimer sa marque".
Aujourd'hui les zones grises où l'expression était libre se raréfient en raison de la plus grande présence des propriétaires et de l'embourgeoisement de quartiers auparavant bohèmes.
"La rue reste une scène politique", assure Just, graffeur de 24 ans. "C'est le meilleur moyen de faire partager un message non censuré".
"Flâneur", par Gould, Berlin 2007
"Les graffitis sont le fait d'une minorité de jeunes", selon Heinrich Bücker-Gärtner, président de
l'association berlinoise "Nofitti". "Or une minorité ne peut décider comment la ville doit ressembler", conclut-il.
"Beaucoup d'hommes politiques ne comprennent pas cette culture, ils l'assimilent trop vite à de la criminalité", estime au contraire Catherine Schmidberger, représentante des Verts dans
le district de Kreuzberg-Friedrichshain (Berlin-Est), havre des Berlinois "alternatifs", où les façades colorées sont légion.
Roland, un ancien graffeur
berlinois, reconnaît s'être reconverti dans le collage après avoir écopé de travaux d'intérêt général à trois reprises pour graffiti illégal.
4rtist, un artiste qui revendique avoir
peint plus de 600.000 fois le nombre "6" dans les rues de Berlin en une dizaine d'années (photos), s'adonne désormais au collage et aux installations publiques. "Si les risques liés au
graffiti et à la peinture sont devenus très élevés, les affiches sont en revanche plus tolérées, car elle s'enlèvent facilement si elles gênent", explique-t-il.
600.000 nombres "6" peints dans les rues de Berlin, affirme leur auteur...
Auriez-vous le courage d'aller vérifier ?
SP38, un colleur français installé à Berlin depuis une dizaine d'années, affiche ses slogans subversifs et s'amuse à observer leur
décomposition et leur fusion avec de nouvelles affiches, figurant une oeuvre collective en constant renouvellement.
"Vive la bourgeoisie" et une inquiétante grenade bleu bonbon qui fait clic...
Photo SP38
Il y a quelques années, un artiste répandait dans Berlin des affiches où figurait un jeune amant éconduit qui appelait
désespérément sa "Linda" à revenir. "Linda's ex" était devenue une légende urbaine, un feuilleton populaire qui éveillait la curiosité de chacun. Symbole du renouveau de l'art du
collage à Berlin, "Linda's ex" est aujourd'hui de retour... (photo : Antonia Schultz)
Par Etienne Balmer
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Publié dans : De l'autre côté du Rhin
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