Aventures ordinaires... au Mont-Blanc

Publié le par Etienne Balmer

Les « ultra trailers »

ou les extra-terrestres de l’endurance


Chaque année au mois d’août, réussir le tour du massif du Mont-Blanc d’une traite et en moins de quarante-six heures est l’obsession de plusieurs milliers de coureurs hors normes qui participent à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB).


Une performance physique digne d’extra-terrestres : 9.000 mètres de dénivelé positif sur 163 kilomètres sans étape, une course de jour comme de nuit.


Le vainqueur des deux dernières éditions, l’Italien Marco Olmo, 59 ans, a réussi l’épreuve 2007 en 21 heures et 31 minutes.


 

Marco Olmo à l'UTMB. Photo JP CLATOT

« Chaque année, ce sont 4.500 fous qui partent autour du Mont-Blanc pour se faire plaisir », plaisante Nicolas Mermoud, troisième de l’édition 2007.


Un plaisir qui s’apparente à une vraie drogue pour Marco Olmo. Chaque matin vers six heures, le Piémontais part s’entraîner en montagne. L’ancien employé de carrière a découvert l’endurance sur le tard, à 27 ans, presque par hasard, à l’occasion de sa participation à une course de village.


Le virus de l’endurance n’a plus quitté l’Italien, qui s’est découvert une prédilection pour les épreuves particulièrement longues, les « ultras ». « Au-delà de 70 km, une course devient ultra », explique Catherine Poletti, co-organisatrice de l’UTMB depuis cinq ans.


On compte environ 30.000 coureurs ultras en France, sur route goudronnée ou sur sentier (« trail » en anglais). Plus de 800 courses trail existeraient en France, selon les organisateurs du l’Ultra du Mont-Blanc, l’une des plus prisées.


Signe de l’engouement pour cette course, le nombre limite de participants à l’édition 2008 a été atteint…10 minutes après l’ouverture des inscriptions sur internet en janvier. « Il y avait plus de 8.000 demandes », explique Catherine Poletti, l’air désolé.


Les organisateurs réfléchissent à des solutions pour une « sélection équitable » des coureurs, sans tomber dans la professionnalisation pure. La participation à davantage de courses pourrait être requise au préalable, un tirage au sort serait également mis en place, où les candidats malchanceux deviendraient prioritaires pour l’édition suivante.


Quand il essaie d’expliquer les raisons du succès des trails et sa motivation personnelle, Nicolas Mermoud, 41 ans, parle de la recherche « d’aventure et de partage ». La Britannique Lizzy Hawker, 32 ans, première femme de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 2005 qui espère bien récupérer son titre cette année, parle de son goût immodéré pour « la solitude et la nature », et l’envie d’aller « toujours plus vite ».

Départ de Chamonix. Photo JP CLATOT


Pas de primes au vainqueur


La motivation profonde de ces coureurs de l’extrême ne passe pas par les mots. C’est peut-être dans le regard en acier trempé dans l’effort de Marco Olmo qu’il faut la chercher. Un défi titanesque lancé à soi-même, une rage de vaincre qui résiste – encore – aux sirènes de l’argent.


Car l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, comme les autres courses longue distance, n’offre pas de primes au vainqueur. Seuls comptent le dépassement de soi et la gloire. Une notoriété toute relative, la discipline étant peu médiatisée.


La renommée de Marco Olmo se limite au cercle des initiés de l’ultra trail et de son village de Robilante, dans le Piémont, bien que le double champion en titre de l’UTMB a aussi remporté une pléthore de titres dans toute l’Europe et en Afrique du Nord, comme le Marathon des Sables à trois reprises. Les sponsors se contentent de lui fournir son matériel, et non pas de lui offrir une seconde retraite. « Nous sommes pauvres », dit simplement Dalmatio Renata, son épouse, avec le sourire.


Il y a trois ans, le trail a été happé par la Fédération française d’athlétisme, mais les licenciés sont peu nombreux. « La course a toujours été une histoire d’amateurs », rappelle Lizzy Hawker. Vivre et courir libre.

 

 

Les trois épreuves proposées pour l’UTMB 2008

- Le tour du du Mont-Blanc, avec départ et arrivée à Chamonix (2.300 coureurs, 163 kilomètres, 9.400 mètres de dénivelé positif et 46 heures maximum de course) ;

- La « CCC » (Courmayeur-Champex-Chamonix, 2.000 coureurs, 96 kilomètres et 5.600 mètres de dénivelé en 25 heures) ;

- Un nouveau raid, la « Petite trotte à Léon » (50 équipes de trois personnes, 220 kilomètres, 17.000 mètres de dénivelé, 100 heures de course maximum, pas de classement final).

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