Jeudi 13 mars 2008
Ces jeunes qui escortent la police

Dans une banlieue berlinoise, de jeunes volontaires patrouillent avec la police pour favoriser le dialogue entre les citoyens et les autorités. Une expérience unique en Allemagne.


Le projet "Fort sans la violence" est né en février 2007 après un violent fait divers à Spandau, banlieue de 25.000 habitants située au nord-ouest de Berlin et marquée par le chômage et la précarité. Un combat de rue, opposant une soixantaine de jeunes de différentes communautés, avait fait ressurgir le spectre de l'insécurité sur fond d'immigration.



Une porte d'entrée à Berlin-est, mars 2008 (photo E.B)


Raed Saleh, élu social-démocrate de Spandau, propose alors une idée originale: joindre aux patrouilles de police dans les zones sensibles des jeunes issus de ces quartiers.  Depuis, chaque semaine, deux à quatre "stagiaires" bénévoles accompagnent les policiers, pour briser la glace entre représentants de l'ordre et citoyens.
La délinquance juvénile a baissé de 20% dans ces quartiers en un an, assure la police. 


"Ni des espions, ni des shérifs"

Dans ces HLM construits dans les années soixante, 45% des habitants sont d'origine immigrée. Le chômage y est plus élevé qu'à Berlin et avoisine les 20%, avec un pic à 40% pour les jeunes russophones. "Il arrive que des jeunes immigrés parlent mal l'allemand. Nous sommes là pour traduire ou argumenter dans le parler de la rue", explique Abbas, 29 ans, qui a participé à plusieurs patrouilles. "Nous ne sommes ni des espions, ni des shérifs", ajoute Wael, 25 ans, d'origine libanaise comme Abbas.

"Il y a bien sûr des jeunes qui n'aiment pas ce que nous faisons", concède Dennis, 29 ans, d'origine russe, un autre patrouilleur bénévole. "Mais nous ne sommes pas perçus comme des traîtres, il n'y a pas de règlements de compte".

Pour porter son projet "Fort sans la violence", le jeune élu d'origine palestinienne
Raed Saleh, 30 ans, s'appuie sur des "modèles d'intégration" et des réussites comme la sienne. Ainsi Abbas est devenu juriste, tandis que Dennis est un rappeur du quartier, qui raconte volontiers comment le projet "Fort sans la violence" l'a sauvé de l'alcoolisme.

Du côté de la police, les préjugés ont mis du temps à s'estomper. "Beaucoup de policiers ne voyaient dans ces jeunes que des criminels potentiels", raconte Raed Saleh. "Pourtant ces derniers n'attendent que de la reconnaissance, une occasion de se sentir utiles", poursuit-il. Frank Brinker, officier de police à Spandau, reconnait que "lorsque nous patrouillons avec les jeunes, les gens viennent spontanément vers nous à présent".

Tous les multiplicateurs doivent jouer le jeu


Raed Saleh considère les petits commerçants, les associations sportives et culturelles, les prêtres et les imams comme autant de "multiplicateurs" pour faire passer auprès de jeunes un message d'union contre la violence. Au-delà des patrouilles, des activités sportives, musicales, festives sont régulièrement organisées dans le cadre du projet.

Raed Saleh projette bientôt de faire escorter les chauffeurs de bus berlinois par des jeunes des quartiers, ou de remplacer les surveillants des cours de récréation par des parents d'élèves, voire des grand-parents.

L'élu de Spandau est pourtant conscient que sa stratégie n'est pas exportable "telle quelle" dans tous les quartiers sensibles du pays. "C'est une question de volonté et d'initiative locale", et il faut que "tous les multiplicateurs jouent le jeu", dit-il.
Par Etienne Balmer - Publié dans : De l'autre côté du Rhin
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