Momie blues

Publié le par Etienne Balmer

Le retour de la tête maorie


Des scientifiques du monde entier ont débattu, les 22 et 23 février à Paris, de la restitution des collections humaines à leur pays d'origine.
image: Associated Press, repris sur
papalagui


«Dans votre musée, il y a des têtes de nos ancêtres. Je crois que vous les avez assez étudiées. Il est temps de nous les rendre». Ainsi parle Marcelin Abong, directeur du centre culturel du Vanuatu, devant un parterre de scientifiques réunis lors d'un symposium international organisé au Musée du Quai Branly à Paris, la semaine dernière, sur le thème de la «conservation et l'exposition des restes humains dans les musées».

«Différentes légitimités s'affrontent», introduit la ministre de la Culture, Christine Albanel, dans son discours inaugural. Les premières campagnes de restitution de restes humains remontent aux années 1970, en Australie et en Nouvelle-Zélande, parallèlement à la reconnaissance des droits des peuples autochtones.

Stupeur et tremblements


En octobre dernier, la municipalité de Rouen annonce son intention de remettre aux autorités néo-zélandaises une tête humaine provenant de l'ethnie Maori, offerte en 1875 au Muséum d'histoire naturelle de la ville. Un geste inédit en France. Stupeur et tremblements au ministère de la Culture, qui craint le syndrome de la boîte de Pandore. Si la tête maorie venait à être rendue, quid des 30 000 restes humains entreposés au Musée de l'Homme, pour le bonheur de scientifiques du monde entier? Sans parler des arts premiers africains, égyptiens, précolombiens, océaniens intégrant des restes humains exposés dans les musées français...

Le tribunal administratif annule l'arrêté municipal de Rouen le 27 décembre. Motif: les collections des musées français appartiennent à l'Etat et sont régies par le principe d'inaliénabilité. Les biens culturels publics ne peuvent être ni vendus, ni cédés. Il existe une procédure dite de «déclassement» des pièces, mais qui ne peut s'appliquer aux dons, comme la tête maorie en question. La sénatrice de Rouen, Catherine Morin-Dessailly, a riposté le 20 février par une proposition de loi visant à permettre la restitution des têtes maories des musées de France. «Les restes humains ne sont pas des biens culturels comme les autres», martèle la sénatrice. Il est vrai que la Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples autochtones
(2007) mentionne la restitution des «biens religieux et spirituels».

"Pour tout et pour tous"


La France s'inscrit en porte-à-faux face à la tendance générale. Des musées américains, britanniques ou néérlandais ont déjà rendu des restes humains, en vue de leur inhumation par leur communauté d'origine. Mais les scientifiques français font le dos rond. Selon eux, la conservation et l'accumulation sont essentielles, parce que l'on ne sait de quoi auront besoin les chercheurs du futur.

«Les restes humains sont source de connaissance, pour tout et pour tous», conclut le préhistorien Yves Coppens. Sur son siège, Marcelin Abong du Vanuatu se dit que les ancêtres ne sont pas près de revenir au pays.


Article publié le 26.02.08 dans
Libération


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