Privés de compétition en France, les meilleurs éléments du free fight frenchy traversent les frontières, voire les océans. « En Angleterre, en Allemagne, on me
reconnaît parfois dans la rue », remarque Owonyebe «En 1997, l'Ultimate Pancrace a subi les foudres du ministère de la jeunesse et des
sports. Les organisateurs sont partis en Angleterre », se souvient Mathieu Nicourt. Des tournois de disciplines proches comme le grappling ou le pancrace s'organisent à la place.
Davantage concentrées sur la lutte à terre avec une palette de techniques de projection au sol et de soumission (clés de bras, de jambes, étranglements…), ces disciplines limitent les percussions
et permettent ainsi d'esquiver l'interdiction des frappes au sol. Depuis deux ans, Arnaud alias « The Game » organise une journée de « grappling illimité » à Paris. Pas de limite de
temps dans les combats, trois catégories de poids, environ 70 participants et 500 spectateurs pour la dernière édition. Avec un combat exhibition de free fight en guise de pochette surprise. «
La veille du tournoi, un ami policier m’a prévenu que les renseignements généraux allaient venir », se souvient Arnaud. Et alors ? Rien. Les RG marquent à la culotte le free fight et les
disciplines associées, mais leur tolérance est grande - pour l’instant. Parmi les adeptes du free fight, on compte d’ailleurs beaucoup de policiers. Un fonctionnaire de police de La Courneuve en
Seine-Saint-Denis témoigne : « Il y a beaucoup de sportifs parmi les policiers, c’est normal que l’on s’intéresse au free fight. On apprécie ses techniques d’autodéfense, même si
pour le corps-à-corps certains d’entre nous préfèrent le krav maga, un art martial israélien ».
Chez les fonctionnaires de police comme pour tous les autres adeptes du free fight, des techniques de combat sont interdites car potentiellement mortelles, comme les attaques sur les artères
carotides. Malgré ces précautions, un drame peut toujours arriver. Avant la mort d’un participant de 35 ans à une compétition MMA le 30 novembre dernier aux Etats-Unis, seul un autre décès
survenu à Kiev en 1998 avait frappé le milieu mondial du free fight. Ses partisans se plaisent à faire remarquer que la boxe anglaise a déjà causé plus d’un millier de morts en un siècle et demi
d’existence. En Suède, la boxe professionnelle est bannie depuis 1969, pour des raisons de santé publique. Les compétitions de free fight y sont en revanche autorisées. Fernand » Lopez,
victorieux d’un tournoi allemand en 2006. En France, toute tentative de compétition officielle de free fight tel qu'il est pratiqué à l'étranger est invariablement tuée dans l'oeuf.
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) prive les chaînes françaises depuis 2005 de diffuser les compétitions internationales de free fight, accusées de faire l’apologie de la
violence et de fournir un mauvais exemple à la jeunesse.
Malgré son succès commercial à l'étranger et la bonne volonté de ses partisans en France, le free fight traîne encore une réputation de « sport de voyou », renommée qui n'est pas étrangère à la fascination qu'elle engendre auprès des jeunes. L'an dernier, le film « Scorpion » avec l'acteur Clovis Cornillac et le champion Jérôme Le Banner a choisi une lecture sulfureuse du free fight, avec combats clandestins dans les caves, avec paris à la clé. « C'est une merde ce film !», lâche Arnaud/The Game. Certains clubs de free fight accusent les puissantes fédérations françaises de judo et de karaté (respectivement 550.000 et 193.000 licenciés) de cultiver cette mauvaise image. « Ils ont peur que le free fight leur pique toute leur clientèle » glisse un instructeur de free fight, lui-même ancien judoka. Faux, réplique Dominique Charré, directeur technique national de karaté. « Les publics ne sont pas les mêmes. Il faut différencier les techniques d'autodéfense et de mise hors combat. Ceux qui choisissent la mise K.O ont faim de puissance et de violence. Or le sport doit être bon pour la santé et incarner une philosophie du respect ». Il minimise le succès du free fight auprès des jeunes. « Combien sont-ils ? Quelques milliers ? Les chiffres du free fight sont inexistants ». Le site Ikusa.fr répertorie près de 200 clubs offrant des cours de free fight en France. Mais pour combien de salles non déclarées ? Et combien de membres ? Dominique Charré va même plus loin : « Lors des incidents dans les banlieues ces derniers mois, le nombre de policiers blessés donne tout à croire qu'il existe des entraînements clandestins de free fight dans les cités ». Pour le fonctionnaire de police de La Courneuve, le problème n’est pas là. « Les combats clandestins, ce sont des rumeurs. Le vrai problème, c’est le mauvais esprit de certains instructeurs de sports de combat dans les banlieues, comme en boxe thaï et maintenant en free fight, popularisé par des lascars ». L’absence de diplôme d’Etat de free fight ne serait pas étrangère à ces dérives.
« On n'a pas attendu le free fight pour se battre ! », ironise Bertrand Amoussou, rédacteur en chef du magazine Fightsport, qui s'énerve contre l’amalgame entre le free fight et le combat de rue. Il n'empêche. David Kersan, qui a co-écrit le livre de Bertrand Amoussou « Sur le ring. Le phénomène free fight », ne cache pas son expérience d'ancien organisateur de combats clandestins à Paris. Un terme qu'il n'assume plus aujourd'hui : « Ce n'était pas clandestin. Il n'y avait pas d'argent en jeu, simplement des hommes qui cherchaient le réel, le dépassement de soi ». En 2001, David Kersan, désireux de « sortir du tunnel de cristal » de sa vie d'étudiant parisien, part du principe que rien ni personne ne peut empêcher des individus de se battre en privé, s'ils sont libres et consentants. Sur des forums de discussion sur internet, sa cause trouve des sympathisants. Les rendez-vous s'enchaînent dans une salle de sports privée du 13e arrondissement de Paris, puis dans une buanderie désaffectée dans l'arrière-cour d'un immeuble du 6e. « On était entre dix et trente selon les soirs », raconte le jeune homme, « toutes les techniques des sports de combat étaient permises. La seule règle était le respect de l'autre ». David Kersan ne sait toujours pas pourquoi il a fait cela. Mais il a des pistes de réponse. « Je voulais ouvrir une nouvelle vérité sur mon existence », philosophe-t-il. Une vérité à 10 000 volts, qui ne serait pas la vérité triste de la vie comme elle va. En 2003, il décroche. « J'ai commencé à aimer ça. J'étais complètement shooté à l'adrénaline. Je me battais presque toutes les nuits ».
** Le 28 janvier dernier, la FFFCDA (Fédération Française de Full Contact et
Disciplines Associées) a récupéré la commission nationale de MMA en tant que discipline associée, présidée par Bertrand Amoussou. A partir du mois de septembre 2008, il sera possible aux
professeurs d’enseigner légalement le MMA avec un certificat en poche, délivré lors d’un stage de formation.